Pin-up , Une histoire d’épinglées , episode 1

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I - Pin up & Cheesecake

« New-York, septembre 1915.
La diva Russe Elvira Amazar a gratifié notre grande Amérique de ses charmes. Les deux beautés se sont rencontrées dans le port de New-York, dans la baie de Ellis Island, alors que Miss Amazar débarquait de bateau. Notre photographe George Miller était présent sur le quai et nous rapporte ces photos originales ! »

Un photographe un peu voyeur, une diva Russe à la jambe légère et une photographie où l’on découvre quelques centimètres de peau engoncés entre une botte de cuir et une jupe large. Voilà la recette magique de la création d’une des plus grandes légendes du tatouage : la Pin up ! Mieux encore, Elvira Amazar avec cette photo devient la première « Pin up Cheesecake ». Une expression originale prêtée pour la première fois à l’employeur de George Miller, auteur de la fameuse photo qui travaillait comme paparazzi de l’époque. Son éditeur, amateur invétéré de bonne chaire, se serait en effet exclamé : « Goddam, this is better than cheesecake ! »

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La Pin up Cheesecake était née.

La Pin up, cette femme fantasmée, illustrée ou photographiée qu’on « pin » (épingle) au mur pour se réconforter quand on est loin du pays. Un fantasme, mais aussi une époque. Entre la sœur, la voisine, la fiancée et l’actrice de cinéma, la pin up est délicieuse, malicieuse, tout en formes et espiègle mais jamais vulgaire. Elle suggère sa nudité sous des formes et des vêtements clairs. Elle ne se révèle pas mais ne se cache pas. La pin up, c’est l’indépendance de la femme, à la fois admirée et respectée. Elle est instruite, cultivée et rebelle. Elle conduit, fume le cigare, danse et montre ses cuisses. Et pourtant, elle s’exprime comme une lady, ne fait pas de politique, aime et consomme les hommes sans contester sa place dans la société. Elle est insouciante et innocente. Elle est enfant dans un corps d’adulte. Jamais stupide, mais pas non plus subversive. Provocatrice parfois, mais jamais déplacée. De sa laisse de sa condition de femme, elle s’est fait une ceinture qui remonte sa robe au-dessus de ses genoux.

II « The Cake That Needs No Frosting. »

Ou littéralement, « le gâteau qui n’a pas besoin de garniture. », voilà la définition de la Pin up. Alors, embarquons pour un petit tour d’horizon de ces différentes pâtisseries !

La CHRISTY Girl.

Fin 19ème siècle/début 20ème, Howard Chandler Christy crée la Christy Girl. Originalement dessinateur politiquement correct, auteur de plusieurs représentations de scènes légendaires de la vie politique de la vie américaine (« La Signature de la Constitution » par exemple), l’illustrateur ne tarde pas à s’intéresser à la toute jeune mode de représentation de tableau de femme uniquement. Il transforme la Gibson Girl, créée par Charles Dana Gibson et bien trop sage à son goût, en une jeune femme plus sauvage.

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La gentille fille de Gibson, idéale de la jeune femme à marier, devient une pétroleuse qui ne se fiance plus et vit ses amours à plusieurs et pas qu’avec des hommes.

Bien vite, la femme idéale n’est plus la future mère de vos enfants, mais un oiseau sauvage à domestiquer. Les aventuriers de l’époque s’emparent de cette image et ce sont les marins, les premiers qui donnent ses lettres de noblesse à la « Girl on the Wall ».

 

The HULA Girl.

Rien d’étonnant alors à ce que le tatouage de la pin up original, celle créée spécialement pour la peau et le corps de l’homme, soit dessinée par un marin. Un vagabond parti en voyage à l’âge de 19 ans, et qui ne rentrera jamais dans son Nevada natal. J’ai nommé Norman Keith Collins, surnommé « Jerry Le Marin / Sailor Jerry ». Sa créature sauvage et exotique s’affiche sur les biceps des marins du Pacifique bien vite, dévoilant sous sa jupe roulée de feuilles de palmier des jambes rebondies aux regards gourmands des compagnons de jeux de cartes. La Hula Girl, du nom des danseuses vahinés de Hawai, Honolulu et la Polynésie Française déferle sur les bras burinés des marins de tous horizons.

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Jerry Le Marin mélange la technique du tatouage Old School américain et son travail de contours épais noirs, l’usage des couleurs primaires et leur saturation impeccable avec les techniques du tatouage traditionnel japonais, le « irezumi ». Il en extrait les formes de visage, les poses et le travail par étape : contour, coloration et ombres, dans cet ordre. Sailor Jerry de même fabrique ses propres pigments et invente la couleur

violette dans le tatouage moderne, ainsi que l’utilisation des aiguilles jetables et la stérilisation systématique. Plus qu’un bel objet, la Hula Girl est une révolution dans le monde du tatouage. Elle est la passerelle entre l’homme occidental et la femme des îles du bout du monde. Une nouvelle forme de beauté féminine émerge et un métissage des visions occidentales et orientales du corps en ressort.

A la femme qui rassure et qu’on épingle au mur, celle qui veille, s’ajoute une couche militante à l’acte de tatouage de la pin up. Désormais, la pin up se revendique autant que son porteur. Désormais la pin up se choisit aussi avec la tête, en plus des yeux ! La Cheongsam Girl est née !

Cheongsam Girl ou Mandarin Dress.

En 1960, le film « The World of Suzie Wong » retourne le box-office américain et les cœurs des marins qui naviguent en Mer de Chine. Suzie Wong est une jeune prostituée/geisha qui vit à Hong Kong et porte le Cheongsam, une robe cérémonielle faite d’une pièce de soie, que l’on retrouve dans les concours de beautés ou sur le dos des serveuses de thé dans les bordels coloniaux de luxe de l’Asie du Sud-Est. Suzie Wong a été forcée dans ce milieu à l’âge de 10 ans et n’aspire qu’à en sortir, mais l’argent est facile et lui apporte indépendance et liberté. Sa rencontre avec un artiste anglais désargenté et idéaliste, Robert Lomax la plonge dans les affres de l’amour et la jalousie.

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Bien connue des marins, les Cheongsam Girls séduisent hommes et femmes par leurs poses sophistiquées, leurs tenues raffinées et leurs instructions littéraires et artistiques.

Parce que la Cheongsam Girl n’est pas « politiquement correct », comme l’étaient la Pin up Cheesecake, la Gibson et la Christy Girls, ou encore la Hula de Sailor Jerry, la pin up de Shanghai représente un choix politique fort. Belle, mais étrangère et achetée à la cause coloniale, de corps et d’esprit, la Cheongsam Girl associe indépendance, charmes et éducation mais ouvre aussi la voie à la représentation de la pin up
« demoiselle en détresse ». La Cheongsam Girl désespère d’être secourue par un homme devenu le sauveur d’une femme forte, mais sans échappatoire. Une femme dépendante des hommes. Et voilà le terreau dans lequel s’épanouira la pin up des années 60.

 

par

Alizée CHASSE, anthropologue culturelle, diplômée de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, spécialisée (master) sur l’Océanie et les cultures mélanésiennes.

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